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Meet & Greet: Mathieu Luypaert, Professor Corporate Finance aan Vlerick Business School

Environnement économique
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Le marché des acquisitions connaît un regain d’activité, mais selon Mathieu Luypaert, professeur à la Vlerick Business School et figure de référence du M&A Monitor, cette reprise cache en réalité une évolution plus nuancée du marché.

Le marché des fusions-acquisitions semble repartir à la hausse. Comment analysez-vous cette reprise ?

Mathieu Luypaert : « On note clairement une reprise, même s’il convient de la nuancer. Il ne s’agit toutefois pas d’une croissance explosive comparable à celle de 2021. Les signaux positifs prennent aujourd’hui le pas sur les indicateurs négatifs, même si le marché demeure prudent. Une attitude compréhensible dans un contexte marqué par les incertitudes géopolitiques et les fluctuations économiques. Ce qu’il faut retenir, c’est que le marché se remet en mouvement, mais sans euphorie. »

Cette reprise s’applique-t-elle à l’ensemble du marché ?

« Pas du tout, et c’est probablement là que réside la nuance la plus importante. Les grandes transactions se portent bien, tandis que les petites opérations restent relativement stables, car elles sont moins exposées à la conjoncture. En revanche, le segment intermédiaire traverse une période plus compliquée. Ce segment, qui concerne généralement des opérations comprises entre 20 et 50 millions d’euros, apparaît aujourd’hui comme le plus vulnérable. Et cette tendance dépasse largement le cadre belge : on l’observe également à l’international. »

Quels sont aujourd’hui les principaux moteurs du marché ?

« Le private equity reste l’un des principaux moteurs du marché. Les fonds disposent encore de volumes importants de capitaux à investir, ce qui intensifie la concurrence entre les dossiers. Cette pression se traduit à la fois par un niveau d’activité soutenu et par des valorisations élevées. On observe d’ailleurs que les investisseurs financiers sont aujourd’hui souvent prêts à offrir davantage que les acquéreurs stratégiques. C’est un changement notable par rapport au passé. »

En quoi cela modifie-t-il la logique des acquisitions ?

« Les acquisitions sont de moins en moins motivées par des objectifs de réduction des coûts et de plus en plus par des ambitions de croissance. Cela se traduit notamment dans les chiffres liés à la création de valeur : quelque 75 % des transactions sont considérées comme créatrices de valeur. Dans les stratégies de buy-and-build, ce pourcentage atteint même 80 %. Cela montre que les opérations de M&A sont aujourd’hui avant tout utilisées comme un levier stratégique de croissance et de consolidation. »

Les motivations des acquéreurs évoluent-elles également ?

« Oui, et c’est une évolution importante. Les économies d’échelle restent essentielles, mais la technologie et les talents prennent une importance croissante. Les entreprises sont de plus en plus rachetées dans le but d’accéder à des compétences, à l’innovation et à des profils clés. Ce changement de vision influence également l’après-transaction : la rétention des talents stratégiques devient cruciale, alors qu’auparavant l’accent était surtout mis sur les synergies de coûts. »

Cette évolution se reflète-t-elle dans le processus de transaction lui-même ?

« Certainement. L’une des évolutions les plus marquantes est que les offres finales sont aujourd’hui plus souvent revues à la baisse par rapport aux valorisations initiales. Il y a une dizaine d’années, la tendance était plutôt inverse. Cette évolution s’explique par des due diligences plus approfondies et par une professionnalisation accrue des processus. Les risques sont identifiés plus tôt et avec davantage de précision, ce qui conduit plus fréquemment à des ajustements de prix. »

Quelles conséquences cela a-t-il concrètement pour les entrepreneurs qui souhaitent céder leur entreprise ?

« Plus que jamais, la préparation s’avère essentielle. Le marché existe, les capitaux sont disponibles et l’intérêt des acquéreurs est bien réel. Mais ces derniers sont aussi devenus plus exigeants, plus critiques et plus sélectifs. Une entreprise de qualité trouvera toujours preneur, la différence se joue désormais au niveau de la solidité du dossier, la clarté du positionnement et la cohérence du récit qui accompagne l’entreprise. C’est ce qui fait désormais la différence entre une bonne transaction et une excellente transaction. »

Mathieu Luypaert en un coup d'oeil: 

  • Professeur de Corporate Finance à la Vlerick Business School
  • Directeur du Centre for Mergers, Acquisitions and Buyouts
  • Directeur académique du M&A Monitor